Au service de votre santé!

En 1908, Metchnikoff, lauréat d’un prix Nobel, décrivait dans son livre, The Prolongation of life, la corrélation directe qu’il y avait entre la longévité des Bulgares et la consommation de laits fermentés. Cent ans plus tard, on ne cesse d’étudier les bienfaits de ces bactéries amies sur la santé humaine.

Depuis quelques années, nous entendons parler de plus en plus d’addition de probiotiques dans notre alimentation. Plus récemment, outre les probiotiques, des prébiotiques sont aussi ajoutés à d’autres catégories d’aliments. Mais au fait, qu’est-ce qu’un probiotique et un prébiotique? Quels bienfaits peuvent-ils avoir sur notre santé ? À qui s’adresse ce type d’aliment ou supplément? Comment les consommer, frais ou en capsule? Quels sont les différents produits offerts sur le marché et comment s’y retrouver? Nous espérons que ce dossier saura répondre à toutes vos questions et vous aider à y voir plus clair dans ce monde d’infiniment petit!

Le système digestif d’un adulte contient plusieurs centaines de milliards de bactéries réparties entre quelque 500 espèces différentes qui sont bonnes pour la santé. Ces bactéries aident à maintenir un système immunitaire en santé, ont une fonction antagoniste contre les bactéries pathogènes et contribuent à la digestion des fibres et à la synthèse des vitamines. Au cours de notre vie, plusieurs facteurs peuvent engendrer une perturbation de notre flore intestinale, comme le vieillissement, des changements dans notre mode d’alimentation, la prise d’antibiotiques et une diminution des fonctions de notre système immunitaire. Lors de ces événements, les probiotiques peuvent devenir utiles en rétablissant l’équilibre entre les bonnes et les mauvaises bactéries.

Ces bactéries nous ont été transmises à notre naissance, durant l’accouchement et par les contacts avec notre nouvel environnement. Plusieurs de ces bactéries resteront en nous tout au long de notre vie en colonisant notre bouche, nos intestins, notre peau et d’autres régions de notre corps.

Qu’est-ce qu’un probiotique?
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un probiotique est un micro-organisme vivant qui, lorsque consommé en quantité suffisante, exerce un bénéfice sur la santé de l’hôte.

Plusieurs conditions doivent être respectées pour qu’un produit soit considéré comme un véritable probiotique selon le Règlement sur les produits de santé naturelle de Santé Canada.

1. Identifier l’espèce et la souche de chaque organisme à l’aide de techniques de biologie moléculaire.
2. Effectuer des recherches sur les humains pour prouver l’innocuité de l’organisme ou du produit.
3. Prouver l’efficacité des organismes probiotiques viables par des études avec groupes témoins pour éliminer les facteurs psychologiques.
4. Élaborer les produits conformément aux bonnes pratiques de fabrication.
5. Apposer des étiquettes qui indiquent le nombre d’organismes vivants au moment de la consommation et non au moment de la fabrication.

Deux choses doivent être prises en considération lors de l’achat d’un aliment ou d’une préparation non alimentaire contenant des probiotiques: la ou les souches de bactéries utilisées et la concentration, qui doit être suffisante pour pouvoir exercer l’activité métabolique désirée.

Quelles sont les différentes souches de bactéries utilisées?
Les probiotiques les plus connus sont les bactéries lactiques, dont il existe plusieurs espèces, comme les lactobacilles, les lactocoques et certains streptocoques. Ces bactéries sont utilisées depuis longtemps dans la fabrication du fromage, du yogourt et d’autres produits laitiers. Par contre, l’utilisation des bifidobactéries comme probiotiques est plus récente.

Par exemple, les bactéries comme Lactobacillus acidophilus, Lactobacillus casei, Lactobacillus johnsonii, Lactobacillus crispatus, Lactobacillus paracasei et Lactobacillus rhamnosu peuvent contribuer sur plusieurs plans à la santé de leur hôte. Au point de vue nutritionnel, elles augmentent la digestibilité, l’absorption des protéines, des acides gras, des minéraux et des vitamines du milieu fermenté. Elles intensifient l’activité de la lactase, donc peuvent diminuer les symptômes des gens souffrant d’intolérance au lactose. Elles peuvent aider à diminuer la quantité de radicaux libres présents dans le tractus intestinal et aussi diminuer la réabsorption du cholestérol, ce qui concrètement permet d’abaisser le taux de cholestérol dans le sang.

Ces bactéries pourraient jouer un rôle dans la prévention des infections bactériennes, des effets secondaires causés par la prise d’antibiotiques, de la constipation, de certaines formes de cancer du côlon et des infections vaginales. Finalement, elles peuvent être utilisées dans le traitement de certaines formes de maux de tête, de diarrhées infectieuses et de vaginites.

Les bifidobactéries sont reconnues comme étant un des groupes de micro-organismes intestinaux les plus associés au bien-être de l’humain. Les espèces que nous retrouvons le plus chez l’homme sont Bifidobacterium adolescentis, Bifidobacterium bifidum, Bifidobacterium longum et Bifidobacterium breve. Ces bactéries peuvent contribuer au rétablissement d’une flore intestinale en santé, diminuer la constipation, prévenir les diarrhées infectieuses, prévenir certaines formes de cancers du côlon et diminuer les symptômes de l’intolérance au lactose. Les souches les plus utilisées dans les yogourts probiotiques sont Bifidobacterium lactis ou animalis.

Une levure de bière active (Saccharomyces boulardii) peut aussi agir comme probiotique.

Bactéries viables ou vivantes?
Les probiotiques en poudre, que nous retrouvons sur le marché sous forme de tablettes, de poudre ou de capsules, contiennent des bactéries viables; cela veut dire que les bactéries ont été lyophilisées (procédé qui permet de suspendre l’activité de l’organisme jusqu’à sa réactivation) et qu’elles reprennent vie lorsqu’elles sont placées dans un environnement propice. Par contre, les probiotiques contenus dans un milieu de culture (yogourt, lait fermenté) n’ont pas besoin d’une réactivation, ils peuvent commencer à agir dès la consommation du produit.

La survie des bactéries au passage dans l’estomac et l’intestin est un autre facteur à considérer. Elles doivent survivre aux acides gastriques, à la bile et aux sécrétions pancréatiques. Une bonne quantité des probiotiques ingérés transite dans l’intestin, sans l’avoir colonisé. Comme le passage de ces bactéries dans notre système digestif est transitoire, nous devons en consommer régulièrement pour maintenir les bienfaits sur notre santé.

Sources à privilégier?
Les laits fermentés et les yogourts semblent être un médium populaire, cependant la survie des bifidobactéries sur une longue période à des températures de réfrigération en particulier s’avère parfois difficile. Les fromages fonctionnels ont été proposés pour contrer les difficultés rencontrées. Les fromages peuvent fournir un environnement plus stable pour la survie des bactéries, car ils ont un pH plus élevé. De plus, les protéines et les matières grasses du fromage offrent une protection aux bactéries lors du passage dans l’estomac. Ces aliments fonctionnels se distinguent des aliments réguliers par leur composition en bactéries qui aident au maintien de la santé intestinale. Cependant, pour un usage thérapeutique, nous devons privilégier des produits spécialisés qui présentent une composition plus complexe et des quantités de bactéries plus élevées. Les capsules et poudres représentent une alternative intéressante.

Activité ou nombre de bactéries nécessaires?
Dans les aliments, comme les yogourts, on retrouve environ 1 milliard de bactéries par portion. Dans les produits plus spécialisés, nous recherchons des dosages plus élevés de 2 à 25 milliards de bactéries par capsule. Il existe des produits qui peuvent même contenir jusqu’à 450 milliards de bactéries par portion. De manière générale, le dosage traitement correspond au triple du dosage prévention. Choisissez un dosage qui correspond à l’usage que vous voulez en faire. Privilégiez des souches de bactéries déjà étudiées. Un code sur l’étiquette associé à une souche de bactéries (CL1285 ou R51 ou BB536, par exemple) est un gage de qualité.

Est-ce que ces bactéries sont sécuritaires?
De nombreuses études cliniques ont été faites dans plusieurs pays et démontrent que les probiotiques sont sécuritaires pour les personnes qui les consomment. Cependant, pouvons-nous recommander la prise de probiotiques aux gens qui souffrent d’une déficience du système immunitaire (VIH, patients sous chimiothérapie)? Certaines des bactéries présentes dans les probiotiques ont été associées à des infections chez certains individus. Quelques bactéries sont plus susceptibles de se retrouver dans nos organes, c’est-à-dire qu’elles font une translocation: elles passent du gros intestin aux organes internes de la personne. Les bifidobactéries sont très peu enclines à effectuer ce type de voyage, donc elles peuvent être consommées sans risque.

La consommation de probiotiques avec lactobacilles est contre-indiquée pour les gens souffrant du syndrome de l’intestin (grêle) court, car nous voyons souvent une croissance excessive de ces bactéries indigènes chez ces patients.

Donc, si vous souffrez d’une de ces conditions médicales, consultez votre médecin ou votre pharmacien pour discuter de l’innocuité de ces produits pour vous.

Maintenant, qu’en est-il des prébiotiques?
Les prébiotiques sont des ingrédients alimentaires naturels ou synthétiques non digestibles qui exercent une action bénéfique sur la santé en stimulant sélectivement la croissance ou l’activité métabolique d’une ou de plusieurs bactéries de l’intestin.

Les prébiotiques sont utilisés pour favoriser l’activité ou le développement de certaines bactéries amies présentes naturellement dans l’intestin. Les bactéries intestinales fermentent des composés présents dans leur environnement naturel comme certains éléments du mucus intestinal et des substances non digérées dans le petit intestin. En plus, si consommés quotidiennement de façon modérée, les prébiotiques stimulent l’absorption de certains minéraux comme le calcium et le magnésium. Ils pourraient aussi jouer un rôle dans la prévention du cancer du côlon. Leur rôle dans la diminution du cholestérol sanguin reste controversé.

Combien devons-nous en consommer?

La plupart des Canadiens consomment en moyenne 15 g de fibres alimentaires par jour. Les recommandations pour la santé sont de 21 à 38 g de fibres par jour. Il n’y a pas de recommandation officielle concernant les prébiotiques, mais une consommation minimale de 4 g par jour d’inuline ou de FOS serait nécessaire pour constater une augmentation dans la flore intestinale des bifidobactéries.

Attention!
Lorsque vous commencez à prendre des probiotiques, vous pourriez ressentir des ballonnements, des gaz ou une irritation intestinale légère. Pour limiter ces effets secondaires, commencez par de petites doses et augmentez progressivement.

Quels sont les prébiotiques et dans quels aliments pouvons-nous les retrouver?
Le lait contient naturellement des composés de ce type, des oligosaccharides et des aminosucres, qui sont des facteurs de croissance spécifiques des bifidobactéries. Certains oligosaccharides de végétaux ne sont pas digérés dans les parties supérieures du système digestif et peuvent servir de nourriture aux bactéries amies; par exemple: l’inuline, qui est un glucide naturel que l’on retrouve dans l’ail, l’oignon, le topinambour, l’artichaut et l’asperge. Il y a aussi les fructo-oligosaccharides (FOS) qui se retrouvent dans l’ail, l’oignon et la banane. Le lactulose et les fructo-oligosaccharides peuvent être fabriqués synthétiquement. Les prébiotiques sont habituellement ajoutés à certains produits laitiers et céréaliers.

Effets secondaires et innocuité
Tout comme les probiotiques, si consommés à forte dose (plus de 20 g/jour), les prébiotiques peuvent entraîner des effets secondaires tels des ballonnements, des flatulences, des douleurs abdominales, des diarrhées et des reflux gastro-œsophagiens. Si vous n’êtes pas un grand consommateur de fibres, allez-y progressivement et introduisez une source de fibre à la fois pour évaluer votre tolérance. Étant donné que nous les retrouvons naturellement dans les aliments, les prébiotiques sont des composantes alimentaires très sécuritaires pour notre santé.

Nouvelle approche de l’industrie, les synbiotiques
Troisième voie utilisée, les produits synbiotiques (synergie + probiotique). Un synbiotique consiste en un mélange de prébiotiques et de probiotiques qui exerce une action bénéfique sur l’hôte en favorisant la survie et l’implantation de compléments alimentaires microbiens dans le tractus gastro-intestinal, en stimulant sélectivement la croissance et en activant le métabolisme d’une ou de plusieurs souches de bactéries. Par exemple, l’ajout d’une souche de bifidobactéries et de FOS dans un lait fermenté peut stimuler la survie du micro-organisme probiotique, car son substrat spécifique est présent dans le milieu pour sa fermentation.

En conclusion…
Malgré l’avancement des recherches et l’intérêt accru du monde médical pour les prébiotiques et les probiotiques, il subsiste encore plusieurs interrogations non clarifiées. Quelle souche utiliser pour contrer tel ou tel problème de santé? À quelle dose? Est-ce la même dose pour tout le monde? Quelle forme privilégier, réfrigérée ou lyophilisée? Combien de temps devons-nous en consommer? Devons-nous l’utiliser en prévention ou en traitement ? Comment être assuré de la qualité des produits que nous consommons?

Malgré tous les questionnements que nous avons, l’avenue des prébiotiques et des probiotiques n’est pas seulement un truc à la mode qui finira par passer comme plusieurs courants en nutrition, c’est une voie d’avenir qui promet beaucoup.

Novembre – Décembre 2008
par Stéphanie Hébert, dtp. en collaboration avec Jean-Yves Dionne, pharmacien

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